Rwanda – Kagame candidat : la ligne droite référendaire

Après les députés fin octobre et les sénateurs fin novembre, le processus référendaire suit son cours au Rwanda. Quelque 6,4 millions de Rwandais devront répondre par “oui” ou par “non” à la question : ” Êtes-vous d’accord avec la Constitution de la République du Rwanda telle que révisée pendant l’année 2015 ? ” Déjà 37 000 Rwandais de la diaspora inscrits sur les listes électorales votaient, ce jeudi, dans les représentations diplomatiques.

Expliciter la nouvelle Constitution dans les derniers jours

Depuis l’annonce, il y a une semaine, de la date du référendum, députés et sénateurs du parti au pouvoir, le Front patriotique rwandais (FPR), arpentent le pays afin de sensibiliser les électeurs sur le contenu du texte. À retenir, les deux nouveaux articles 101 et 172 qui autorisent potentiellement Paul Kagame, 58 ans, à se maintenir au pouvoir 17 ans encore. Le nouvel article 101 continue de limiter le nombre de mandat présidentiel à deux, tout en abaissant sa durée de sept à cinq ans.

Mais parallèlement, un nouvel article 172 précise que cette disposition n’entrera en vigueur qu’après un nouveau septennat transitoire, entre 2017 et 2024, précisant que le président sortant y sera éligible, de même qu’aux deux quinquennats suivants. Mais le mystère persiste autour du texte révisé, il n’a pas été rendu public. D’où la nécessité ces derniers jours pour les parlementaires de se rendre sur le terrain pour l’expliciter plus en détail, documents à l’appui.

Voter “oui” ou “non” à Kagame

En simple, les électeurs sont invités à cocher ” Yego ” ou ” Oya ” (” Oui ” ou ” Non ” en kinyarwanda) sur un bulletin unique. Peu de place au doute pour les résultats. La révision ayant été présentée comme une initiative populaire par les autorités qui mettent en avant les 3,7 millions de Rwandais ayant signé des pétitions réclamant un maintien au pouvoir de Paul Kagame après l’expiration en 2017 de son mandat actuel, le dernier que lui permet l’actuelle Constitution. La révision est en outre soutenue par la quasi-totalité des partis politiques autorisés au Rwanda, à l’exception du seul petit Parti démocratique vert qui a renoncé à faire campagne pour le ” Non “, estimant trop court le délai de 10 jours entre l’annonce du référendum et le vote.

L’aval de ses compatriotes

Le président rwandais a fait savoir fin novembre que sa décision de se représenter ou non en 2017 dépendrait de la seule volonté des Rwandais et du résultat du référendum. Alors qu’il s’adressait le 6 décembre au Bureau Politique du FPR, parti majoritaire du pays, le Président a déclaré : ” Ma réponse ne peut venir avant le référendum.

Je vous ai bien tous entendu, et la réponse que vous attendez de moi, sera basée uniquement sur le résultat du référendum “. Ces dernières semaines, les principaux partenaires du Rwanda, États-Unis en tête, ont vivement critiqué le gouvernement à propos de la liberté d’expression et de la participation des citoyens à la vie publique, qu’ils considéraient insuffisantes. Paul Kagame a opposé une fin de non-recevoir à toutes les critiques venant de l’extérieur. Sa réponse : “Si vous voulez obtenir quelque chose de moi en me prenant de haut, soyez sûrs que vous aurez l’inverse”. Autrement dit, il revient aux Rwandais et aux Rwandais seuls de déterminer si son bilan lui permet de rester et briguer un nouveau mandat. Paul Kagame ne se pliera qu’à la volonté des Rwandais.

Source : afrique.lepoint.fr