Le réalignement diplomatique de Sao Tomé sur la Chine passe mal à Taïwan

Le gouvernement taïwanais a accusé mercredi la Chine d’exploiter les difficultés financières de Sao Tomé-et-Principe pour obtenir la reconnaissance diplomatique du petit Etat insulaire du golfe de Guinée.

Pour Taïpeh, ce réalignement diplomatique ne contribuera pas à apaiser les tensions entre la République populaire de Chine et Taïwan. Mais le chef de la diplomatie taïwanaise, David Lee, a indiqué que son pays ne s’engagerait dans une « diplomatie du dollar ».

Cette évolution intervient alors que la Chine s’est émue de la remise en cause par Donald Trump du principe moteur de ses relations internationales.

Le président élu a rompu le mois dernier avec une tradition établie depuis 1979 aux Etats-Unis en faisant savoir qu’il s’était entretenu par téléphone avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen et en s’interrogeant à voix haute sur la pertinence de la politique de « Chine unique ».

Depuis la séparation de 1949, Pékin, qui ne reconnaît pas l’indépendance de Taïwan, estime qu’il n’existe qu' »une seule Chine ».

Pékin et Taïpeh, qui disposait jusqu’en 1971 du siège réservé à la Chine aux Nations unies, se sont longtemps livrés à une « diplomatie du carnet de chèque » afin de s’assurer le soutien diplomatique d’Etats appauvris. Après l’apaisement matérialisé par une série d’accords commerciaux et économiques conclus en 2008 entre Pékin et Taïpeh, la course a repris en mars dernier lorsque la Chine a établi des relations diplomatiques avec la Gambie.

« Nous pensons que le gouvernement de Pékin ne devrait pas se servir du trou noir financier de Sao Tomé comme d’une occasion pour promouvoir son principe de ‘Chine unique’. Ce comportement ne sert pas des relations paisibles de part et d’autre du Détroit », a poursuivi David Lee lors d’une conférence de presse à Taïpeh.

A Pékin, la Chine, qui considère que Taïwan est une province sécessionniste et que nul ne peut donc établir avec elle des relations diplomatiques, s’est félicitée de la décision de Sao Tomé-et-Principe de rompre ses relations diplomatiques avec Taïwan.

« La Chine exprime sa gratitude et salue le retour de Sao Tomé sur la juste voie du principe d’une Chine unique », a ajouté le ministère chinois des Affaires étrangères, sans préciser si la République populaire allait établir des relations formelles avec l’ancienne colonie portugaise et sans mentionner non plus une possible assistance financière.

En Afrique, le Burkina Faso et le Swaziland sont les deux derniers pays à entretenir des relations formelles avec Taïwan.

« Il nous reste 21 alliés. Nous devons les choyer », a déclaré la présidente Lee, qui se rendra le mois prochain en visite auprès de ses alliés d’Amérique centrale (Honduras, Nicaragua, Guatemala et Salvador).

Avec Reuters